Oubliez le Coltrane en costume cravate qui caressait les standards avec la délicatesse d'un velours bleu. En 1966, lorsqu'il repousse les portes du mythique club new-yorkais pour graver ce témoignage, "Trane" n'est plus un musicien : c'est un chercheur d'absolu, un dynamiteur de structures qui cherche la divinité dans le chaos. Ce disque n'est pas une simple captation de plus, c'est le manifeste d'une rupture radicale. Si vous cherchez un fond sonore pour un dîner mondain, fuyez. Ici, la musique transpire, hurle et s'élève au-delà des conventions. On ne ressort pas indemne d'une telle confrontation avec la matière sonore.
Contexte et écoute
Cinq ans après ses premiers enregistrements au Vanguard, Coltrane revient sur les lieux du crime, mais l'équipe a muté. Finie la section rythmique métronomique de Tyner et Jones. Place au nouveau quintet, un organisme vivant et imprévisible. Avec Live At The Village Vanguard Again, on entre de plain-pied dans la période finale du saxophoniste, celle où le Free Jazz devient une quête spirituelle abrasive.
Aux côtés du maître, Pharoah Sanders apporte ses rugissements au saxophone ténor, créant une tension organique qui flirte avec l'abstraction. Alice Coltrane, au piano, délaisse les accords classiques pour des nappes tourmentées, tandis que la batterie de Rashied Ali déconstruit le swing traditionnel au profit d'une polyrythmie volcanique. C'est Jimmy Garrison qui assure le rôle de pilier, offrant d'ailleurs une introduction solo à la contrebasse d'une densité physique rare, un pont suspendu entre le silence et la fureur.
La face A s'ouvre sur une version de "Naima" qui s'étire sur près de 15 minutes. Le thème, autrefois ballade éthérée, devient ici un mantra hypnotique, une exploration profonde de la mélodie originelle passée au filtre de l'urgence. Mais c'est sur la face B que l'on touche au sacré avec "My Favorite Things". Les vingt minutes de cette relecture totale font voler en éclats le souvenir du morceau de 1961. C'est une transe collective, un brasier sonore où l'instrumentation de Rudy Van Gelder capture chaque souffle, chaque frottement de corde avec une chaleur analogique saisissante.
Ce pressage spécifique, une édition italienne (réf. : IMPL 5058) du milieu des années 70 sous le label vert Impulse!, possède ce grain particulier. La pochette gatefold protège un vinyle dont la dynamique respecte le travail d'ingénierie de Van Gelder : la puissance du ténor ne sature jamais, elle habite l'espace. Pour l'audiophile exigeant, c'est l'occasion de posséder une pièce d'histoire brute, loin des rééditions aseptisées. Un disque sans concession pour ceux qui considèrent le jazz comme un sport de combat et une ascèse spirituelle.
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