Le jazz français a ses monuments, et Martial Solal en est indiscutablement la flèche la plus audacieuse. Récemment disparu en décembre 2024, ce génie né à Alger en 1927 a laissé derrière lui une œuvre monumentale, dont le point d'orgue reste sans doute ce témoignage capturé dans l'écrin prestigieux de la Salle Gaveau. Pour tout collectionneur de vinyles et amateur de sensations fortes, posséder ce disque n'est pas une option, c'est un devoir de mémoire et de plaisir auditif. Plongeons ensemble dans ce qui représente, pour beaucoup, l'apogée du trio de jazz à la française.
Contexte et écoute
Si vous ne deviez posséder qu’un seul pressage de Martial Solal dans votre discothèque, c'est vers Jazz a Gaveau qu'il faudrait vous tourner sans hésiter. Nous sommes en mai 1962. L'air parisien vibre d'une effervescence culturelle rare et, ce soir-là, le trio "mythique" composé de Martial Solal au piano, Guy Pedersen à la contrebasse et Daniel Humair à la batterie, s'apprête à redéfinir les codes de l'improvisation européenne.
Dès l'ouverture sur "Jordu", le ton est donné. Ce n'est pas simplement une relecture d'un standard de Duke Jordan ; c'est une déconstruction joyeuse et une reconstruction architecturale immédiate. Martial Solal y déploie une inventivité débordante, ponctuée de traits d'humour musical et de ruptures de rythme qui laissent pantois. Son jeu, d'une virtuosité technique absolue, ne tombe jamais dans la démonstration gratuite. Au contraire, il est soutenu par une section rythmique en état de grâce : Pedersen assure une assise impeccable tandis qu'Humair, avec sa science des cymbales, colore chaque silence.
L'écoute de cet album est une expérience physique. On sent la tension de la salle, le souffle des musiciens et cette liberté totale qui caractérise le style Solal : un swing cérébral mais profondément exaltant. Ma recommandation de collectionneur ? Posez délicatement le diamant sur la face B pour découvrir "Aigue-Marine". La sensibilité qui s'en dégage est bouleversante, offrant un contraste saisissant avec la technicité habituelle du maître. C'est un moment suspendu, presque impressionniste, avant que la redoutable "Gavotte à Gaveau" ne vienne vous étourdir par sa complexité rythmique et ses changements de signatures impromptus.
Ce disque est bien plus qu'un enregistrement "live" ; c'est une pièce maîtresse pour tout "diggeur" sérieux. Il prouve que le jazz français n'avait rien à envier à la scène new-yorkaise de l'époque. En traversant les décennies sans prendre une seule ride, cet opus confirme que le génie de Solal résidait dans sa capacité à traiter le piano comme un orchestre entier, en perpétuel mouvement. Un indispensable absolu pour comprendre l'histoire de la note bleue sur le vieux continent.
Si vous ne le retrouvez pas :
Ce disque est peut-être déjà parti... Mais pas de panique !
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